La tristement humaine guerre de l'incivilité...
"Mientras dure la guerra", "Lettre à Franco" dans sa traduction française, est un film de Alejandro Amenabar sorti en 2019.
Le vieil homme de lettres espagnol, philosophe et recteur de l'Université de Salamanque, Miguel de Unamuno, réalise avec difficulté et douleur que la barbarie s'installe dans son pays avec la montée de Franco et de ses sbires à l'orée d'une des plus longues dictatures de l'Histoire.
Pourquoi il faut voir ce film ?
Parce qu'il décrit la détresse des âmes de bonne volonté et d'intelligence face à l'ineptie de la tyrannie.
Parce que les propos nuancés et subtilement pesés de Miguel de Unamuno sont essentiels.
Parce qu'il ne dit pas "guerre civile" pour le fléau qui détruit son pays et son peuple mais "guerre incivile" et qu'on ne peut pas trouver plus juste terminologie hélas...
Parce que le réalisateur nous régale selon moi l'air de rien d'une des scènes les plus belles, les plus émouvantes du cinéma : Unamuno, ayant perdu son ami pasteur arrêté et éliminé par l'armée de Franco, comprend qu'avec la guerre civile la barbarie a pris le dessus sur les coutumes ancestrales de son pays qu'il aime tant, acquises avec le temps, et notamment la merveilleuse et exceptionnelle possibilité de pouvoir discuter de ses idées avec ses amis, même lorsque ces idées sont absolument opposées, la possibilité de s'engueuler en toute paix sans pour autant en arriver aux armes! Et Unamuno et son jeune ami aux idées si opposées de s'engueuler des heures durant sous le soleil éternel de l'Espagne, loin des tirs et de la bêtise sans mots des soldats de Franco.
Voilà pourquoi notamment il faudrait voir ce film. Et ne plus JAMAIS s'entretuer pour de sombres histoires de doctrines...
Et lire en complément l'indispensable et tout récent Le droit d'emmerder Dieu de Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo lors des procès des attentats de janvier 2015. Tout du moins mientras dure la triste guerra incivil que es la nuestra...
En voici un extrait :
"Je ne sais pas quelle direction nous prendrons, celle du crépuscule des Lumières ou celle d'une nouvelle aube. Dans tous les cas, il y aura probablement, et malheureusement, d'autres attentats, d'autres morts et d'autres procès. Alors autant que ce soit pour redevenir ce peuple qui, il y a bien longtemps, inspira l'idée de liberté au monde, celle de l'acceptation de l'Autre. C'est notre rêve commun depuis trois cents ans et nous n'en avons pas de rechange. Il n'y a pas de salut dans la lâcheté. J'espère que nous ne serons pas la génération qui aura tourné le dos à son histoire et à son avenir."
Commentaires
Enregistrer un commentaire