Nos kilomètres zéros...
Je lis en ce moment le livre Kilomètre Zéro de Maud Ankaoua que m'a conseillé de lire il y a quelques années de cela ma chère collègue C. avec qui j'ai eu l'immense plaisir de travailler et de partager des moments insolites et chaleureux au Musée de Cluny à Paris.
J'avais lu Respire du même auteur, offert par ma mère qui pensait justement que j'avais besoin de respirer alors (et elle n'avait pas tort!) !... et C. m'avait dit : "Lis également Kilomètre Zéro, c'est fabuleux."
Et voilà. Je l'ai enfin en main après l'avoir acheté cette fin d'automne dans ma petite librairie Les Mots retrouvés à Vitry-Sur-Seine.
C'est drôle, j'ai pensé ce matin que la Cathédrale Notre Dame de Paris avait réouvert doucement au public ces derniers temps, avec ce point du Parvis qui est le point zéro des routes de France. C'est de là que part le kilométrage des bornes que l'on trouve sur les bords des routes de notre beau pays. Le coeur de Paris, naissance des chemins de France et de Navarre ! Piétiné par des milliers de passants chaque jour ! Le kilomètre zéro piétiné d'humanité.
Je vous écris avec pour compagnie ma grippe. Fièvre, maux de tête, fatigue générale. Je vous écris. Mon cerveau pense à mille choses ce qui n'est pas fait pour arranger ma migraine. Je reste au chaud pour me soigner et ne pas diffuser ma fièvre mais je partage avec vous le cours de mes divagations...
Je manque d'immunité depuis le mois de mai.
Voilà, on en revient au kilomètre zéro... Notre père nous manque tant. Il vivait loin de nous dans sa maison au Pays Basque mais j'aimais savoir qu'il existait, qu'il était là, qu'il était avec nous sur cette terre, dans son beau pays. Il est toujours quelque part, je le sais, mais il y a un vide à l'endroit où se trouve sa maison. Un grand vide. Un grand vide pour les paysages qu'il aimait tant. Un grand vide pour les petites conversations qu'il avait ici et là avec tous ceux qu'il rencontrait sur son chemin. Le petit mot d'humour cocasse qui changeait la journée de tous sur son passage, l'air de rien. Et ce matin, par hasard, dans une interview très courte de l'actrice Noémie Lvovsky dans le magazine Marie-Claire de Janvier 2025 p 96 (je ne sais pas comment j'ai pu acheter en ce mois de décembre 2024 un numéro de Marie-Claire de janvier 2025?! ), elle cite Lacan que sa psychanalyste lui a recommandé au moment du décès de son père : "Un père, on peut s'en passer à condition de s'en servir." Voilà Papa, Aïta, je t'utilise depuis que tu es décédé parce que tu me manques tant. Et Lacan me donne raison avec ça!...
Je manque d'immunité depuis le mois de mai.
Ma fille aînée a acheté au mois de septembre le livre Inconsolable de Adèle Van Reeth. Elle lit ce livre et me dit "Tu devrais le lire Maman! Toi et Tatie A. vous devriez le lire..." Et je l'ai lu. Et je l'ai offert à ma soeur. Bien sûr. Effectivement. Il faut juste apprendre à vivre désormais inconsolées. Se servir de notre père comme disait Lacan. Pas le choix.
Notre père a été 31 ans durant gardien de Notre Dame de Paris. De 1973 à 2004. Travaux, cérémonies, échafaudages, activistes, événements, concerts, passages du pape, enterrements de gens célèbres, etc. 31 ans d'amour pour la Cathédrale. C'est une grosse charge d'amour ça. Il est parti à la retraite en 2004. En avril 2019 la cathédrale a brûlé. En avril 2020 notre père est entré en chimio. En avril 2024 la nouvelle flèche de la Cathédrale s'est à nouveau dressée sur Paris. Fierté de notre père devant les infos. Quel beau travail ! Cet homme qui avait si bien veillé sur la forêt du Moyen Age et la Cathédrale de Viollet-Leduc, capable d'admirer la flèche du XXIème siècle glorieuse réparation de la peine hissée dans le ciel de Paris.
Dans le livre Kilomètre Zéro , la narratrice apprend à se libérer de ses peurs ancestrales pour vivre plutôt selon son coeur, avec le plus d'amour possible pour ce qu'elle rencontre plutôt que de craintes. Facile à lire, pas si simple à mettre en oeuvre !... Aïta tu avais combattu tellement de craintes et ouvert la grande porte de l'amour de la vie et des autres. Tu avais parfois un discours contraire à tes actes. La vie n'est pas toujours si simple que ça. La vie ne t'avait pas épargné en douleurs et en peines. Ton éducation t'avait inculqué la plus grande réserve. Ton discours était prudent, souvent méfiant, mais tes actes étaient les plus généreux du monde. Tu as passé ta vie à te relever, à te renouveler, à te remettre en question. Tu étais une personne hautement intéressante, très attachante. Curieux de tout et de tous. Pour ne pas trop répéter combien tu nous manques, je vais juste écrire grâce à la formule hautement délicate et subtile de Lacan combien désormais nous t'utiliserons !...
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