Participer aux miracles
Que penser d'un roman de genre fantastique dans lequel tout paraît pourtant simple, ordinaire, possible?
Je dirais : Ne rien en penser particulièrement, se laisser faire !...
Le fantastique, dans le sens littéraire du terme, c'est un lieu, un espace temps, une ambiance ordinaire dans lesquels il se passe soudain des choses extraordinaires, de ces choses qui ne peuvent pas arriver dans la réalité hormis dans les livres ou dans les films. Hormis de l'imaginaire. L'élément fantastique n'est qu'imaginaire. Tout au moins c'est ce que nous pensons dans notre époque nourrie à la pensée raisonnable et raisonnée. Le Moyen-Age notamment accueillait aisément le fantastique dans son quotidien, et pas seulement dans les oeuvres d'art, mais également dans les champs, dans les bois, dans les maisons, dans les églises, près d'une fontaine. C'était chose courante bien au contraire. On se racontait des histoires, des contes, et plus c'était merveilleux et fantastique, et plus on les aimait et plus on y croyait ! Certains auteurs pourtant appelés "modernes" nous ont fait ressentir à nouveau que tout était possible dans la réalité, que des choses extraordinaires pourraient bien s'insérer l'air de rien dans notre quotidien sans qu'on puisse rien y faire avec nos moyens les plus "sophistiquément" raisonnables. De grands auteurs comme le génialissime Julio Cortazar nous ont habitués à nouveau à la présence de l'étrange dans l'ordinaire. Stephen King dans ses romans n'a également pas sa pareille pour cela. Le grand Edgard Allan Poe plongeait sa plume dans l'encre noire du fantastique. Ces écrivains font cela tellement bien qu'on oublie qu'on se trouve dans un univers hors du temps et de l'espace tels que nous les connaissons ou pensons les connaître.
Nous avons toujours en nous ce goût de l'inhabituel et ce penchant pour ce qui au fond satisfait nos plus grandes craintes et nos plus grands espoirs.
Un roman japonais s'inscrit dans cet univers du fantastique. Très simplement. Très sobrement. Mais avec une grâce infinie.
Ce sont Les Miracles du Bazar Namiya de Keigo Higashino. Eh oui, le mot "miracles" déjà nous met dans le bain! Des événements magiques, inhabituels vont se produire. Tout ça dans un lieu que nous avons tous pu fréquenter un jour ou l'autre. Un bazar. Un bazar inoccupé depuis de nombreuses années. Un bazar laissé à l'abandon et dans lequel vont se réfugier trois jeunes délinquants pour fuir la police. Or ce bazar va bouleverser leurs vies. Des lettres y parviennent et leurs auteurs demandent des conseils pour mener leur vie. C'était une pratique de l'ancien propriétaire du bazar désormais décédé, monsieur Namiya : les personnes qui le souhaitaient pouvaient lui laisser anonymement une lettre indiquant quels étaient leurs questionnements, leurs doutes face à la vie, et lui leur répondait immanquablement. Monsieur Namiya n'est plus là, mais les lettres arrivent à nouveau. Les trois jeunes délinquants se mettent à y répondre. Conseils en tous genres fusent. Ils sont remerciés à nouveau par courrier interposé dans un temps et un espace suspendus comme par magie... Les vies de tous et de chacun sont bouleversées. Conseillés et conseilleurs. C'est là qu'est la merveille de ce roman : l'auteur nous rappelle combien aider les autres c'est avant tout et également s'aider soi-même. Le don étant un cadeau qui toujours nous revient d'une manière ou d'une autre. Donner c'est recevoir et recevoir c'est donner. Merci Monsieur Keigo Higashino pour ce cadeau subtilement offert.

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