Une mémoire longue et riche... 


Un mercredi du mois d'avril 2024, je suis allée sur la Place des Abbesses dans le 18ème arrondissement de Paris pour me trouver une paire de bonnes chaussures chez une chausseuse spécialisée notamment en chaussures de marche et de confort. 

Je trouve mon bonheur rapidement et puis avant de reprendre le métro, je m'attarde devant les tables extérieures d'une librairie non loin de là. Je tombe sur un recueil de Christian Bobin Le muguet rouge. La couverture et le joli petit format du livre Folio me plaisent. J'en prends un exemplaire et au moment de régler mon achat, je découvre près de la caisse, dans la même édition, le même format léger, un ouvrage de Romain Gary que je ne connais pas : Le sens de ma vie. Un entretien. Son dernier entretien enregistré quelques temps avant sa mort par suicide le 2 décembre 1980. Je m'en empare et je règle l'ensemble de mes achats. Pour repartir par le métro, plusieurs choix d'itinéraires  s'offrent à moi. Je calcule que le plus simple et le plus rapide serait de prendre la ligne 12, la ligne 1, et puis les tramways T3 et T9 pour rentrer chez moi. Je suis déjà installée dans le métro quand je réfléchis : la ligne 1 n'a pas de chauffeur. Je me suis promis que lorsque j'ai le choix et le temps, je dois opter pour un trajet qui privilégie la présence et le labeur humain. Je révise donc mon itinéraire. J'irai chercher la 10 et puis la 7 pour ensuite retrouver mon T9. Toutes ces lignes ont des chauffeurs humains (CH). Pas d'intelligence artificielle (IA) aux commandes. Au changement entre la 12 et la 10, une première récompense m'est offerte : une dame joue du violon sur le quai opposé à celui où je descends. Ce qu'elle joue est magnifique. Je décide, même si ce n'est pas sur mon trajet, de faire un détour dans les couloirs pour aller lui remettre une pièce. Pour la remercier. Elle me voit arriver, poser une pièce sur le tissu qu'elle a placé au sol pour recevoir la monnaie, et elle me voit repartir d'où je viens. Tout se passe vite. Elle a compris que je ne suis venue que pour elle. Elle me salue tout en jouant avec un grand sourire. Je m'incline et la remercie à mon tour en levant mon pouce.

Je reprends ma trajectoire.

Dans le métro de la ligne 7, à la station Les Gobelins, le chauffeur s'attarde et fait une annonce : "Bonjour, je vous rappelle qu'il est très dangereux de monter au dernier moment dans un métro. Une vie, vous n'en avez qu'une. Des métros, il y en a plein. Je vous remercie pour votre attention." Cette annonce me touche au coeur et m'émeut profondément. Je vois au regard de certains passagers que je ne suis pas la seule à approuver cette belle annonce. Je n'ai pas choisi ce trajet par hasard. Me voilà hautement récompensée. Ce chauffeur garde en mémoire la peine du terrible  accident mortel survenu l'année dernière. Une dame est morte parce que son manteau s'est coïncé dans la porte d'une rame de métro et que le métro ayant démarré, elle a été entraînée et tuée. Le chauffeur n'a pas eu le temps de la voir. Il y a des angles morts pour les conducteurs de métro. Ce jeune chauffeur a la mémoire longue et riche. Il se souvient de la peine. Pour cette dame. Pour le conducteur accusé. C'est terrible. Une vie vous n'en avez qu'une. Des métros il y en a plein. Merci de votre attention.






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