Une voix pour tous
Je voudrais raconter l'histoire d'un don. Un don célèbre. Un don fait au monde entier par l'un des plus grands cinéastes que cette terre a porté.
Dans Le Dictateur, son premier film parlant sorti en 1940, Charlie Chaplin nous a fait don de sa voix.
Il était pourtant plus que réticent à faire parler Charlot son personnage si célèbre de vagabond, héros et vedette des films muets.
Au temps où le cinéma se taisait, Charlie Chaplin avait placé toute son intelligence humaine dans une canne tournoyante et libre, dans de vieilles chaussures aux semelles usées voire trouées, dans un pantalon tombant retenu par une simple ficelle, dans un sourire timide et coquin, dans un regard parfois triste et curieux comme celui d'un enfant, dans une petite moustache noire carrée et expressive. C'était l'intelligence de la gestuelle. La danse du corps et du coeur faite homme.
Et voilà qu'un autre en Europe lui ressemble quelque peu étrangement physiquement tout en étant humainement son opposé?!...
Charlie Chaplin avec toute l'intelligence subtile de son coeur s'inquiète des agissements de ce double terrifiant.
Il décide finalement de l'imiter pour mieux dévoiler la folie de cette politique destructrice et inhumaine. Ce sera Le Dictateur dans lequel Charlot parlera.
Nous autres habitants de 2021, qui parlons tant et souvent trop, devrions nous incliner devant le grand Charlie Chaplin qui sacrifia l'or que représentait son silence pour dénoncer le nazisme et la folie de Hitler en 1940. Il fallait du bruit pour le faire, il fallait nous faire entendre la voix du Führer (scène mémorable du discours de Hynkel!).
Une prise de risque professionnelle pour Charlie Chaplin, mais un très grand geste d'amour et d'humanité. Les a-t-on assez mesurés ce geste et cet amour? Charlie Chaplin craignait la mort de son personnage avec l'apparition du cinéma parlant. Et cependant sa conscience politique, sociale, humaine l'emporta. Avec toute son intelligence et sa finesse, il ne laissa rien au hasard : il débute son film par des scènes de la Première Guerre Mondiale, terreau des horreurs de la Seconde Guerre Mondiale. (Ces premières scènes de guerre sont tout simplement hilarantes. Du grand génie.) Et puis il enchaîne avec les conséquences de cette Première Guerre : le ghetto, Hynkel, etc. Tout y est.
Véritable partition de musique, tantôt vive, bondissante et lyrique, tantôt mélancolique et tragique.
Le sommet de ce film c'est le discours que prononcera finalement le petit juif Charlot qui sera pris pour Hynkel tant il lui ressemble physiquement et qui aura donc l'occasion de s'exprimer face au monde derrière les micros de la Tomania. Ce discours magnifique pourrait être étudié en classe et appris par le coeur par nous tous en ce XXIème siècle déclinant... Pour que Charlot, écrin discret et facétieux de toutes nos peines, n'ait pas sacrifié son silence en vain...
Merci à vous ô grand Charlie Chaplin ! Merci. On vous écoute. On vous entend. Thank you so much dear great little english man.

Dans ce film, le yiddish est en réalité de l'espéranto, et l'allemand est du yiddish !
RépondreSupprimerExcellent !!!! Merci Marc pour cette précision ! Vive Charlie Chaplin, vraiment!!!!!
RépondreSupprimer