Ma voix pour Kim Jiyoung...
Je ne sais pas si je parviendrai à transmettre dans cette page l'émotion très particulière ressentie à la lecture du court roman (166 pages en version poche) sud-coréen de Cho Nam-joo : Kim Jiyoung, née en 1982 . Je vais tout de même essayer...
En février dernier, je suis tombée dans une librairie du XVIème arrondissement parisien sur ce roman qui nous convie très délicatement à une réflexion sur la dépression.
Kim Jiyoung est une jeune trentenaire comme il semble y en avoir tant en Corée du Sud : mariée à un jeune homme à peine plus âgé qu'elle et qui a une situation économique confortable, elle a cessé de travailler pour élever leur petite fille Jeong Jiwon. Or Kim Jiyoung ne souhaitait pas renoncer à sa carrière professionnelle en devenant mère, mais c'est son époux qui apporte la meilleure situation financière au foyer. Alors sur un commun accord, c'est elle qui stoppe net sa carrière. Kim Jiyoung perd dès lors une part de sa dignité en se retrouvant malgré elle dépendante de son mari. Et puis une autre douleur s'insinue en elle. En Corée du Sud, il est bon d'avoir un garçon pour premier enfant. Un garçon plutôt qu'une fille. Lorsque sa fille naît, Kim Jiyoung redécouvre la douleur vécue par sa propre mère qui s'était vue reprocher la naissance de ses deux filles aînées. Ainsi de suite... Kim Jiyoung accumule les peines, les contrariétés, sans vraiment se rebeller, sans parvenir à imposer son opinion. Jusqu'au jour où elle se met à parler avec la voix d'autres femmes : tantôt la voix de sa mère, tantôt celle de l'amie que son époux et elle ont en commun. Et ces voix disent des choses. Ces voix parlent et disent ce qu'elle n'a jamais su exprimer avec sa propre voix. Ces voix interpellent son mari, sa belle-famille, et nous interpellent, nous autres lecteurs. Ce roman est si court que vous pourriez penser que je vous en ai tout raconté dans cette page ou presque! Il n'en est rien. Lisez-le pour cheminer avec Kim Jiyoung. L'auteure nous propose une réflexion sur cette peine intérieure qui peut tous nous envahir insidieusement à tout moment. Elle se manifeste ici de manière insolite. L'époux de Kim Jiyoung est perdu face à cette altération étrange du quotidien mais il est décidé à soutenir sa jeune épouse, sans la juger, et met en place des soins pour qu'elle s'en sorte.
Ce court roman porte nos voix à tous, et nous réconcilie doucement avec l'idée que nous ne devrions pas nous positionner les uns contre les autres pour mieux avancer en ce monde, mais bien plutôt les uns avec les autres.
Me revient en tête la ritournelle du film éponyme de Claude Lelouch : "Les uns et les autres...".
Le livre de Cho Nam-joo a créé une polémique à sa sortie en 2016 dans son pays et c'est tant mieux : qu'on en parle, qu'on en parle, qu'on en parle tous ensemble. Cela nous fera du bien !

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